| En marge du sommet d’Istanbul de la Zone de coopération économique en mer Noire.
Les ministres des Affaires étrangères d’Arménie et de Turquie, respectivement Vartan Oskanian et Ismaïl Cem, se sont rencontrés mardi 25 juin à Istanbul, dans le cadre du sommet de la Zone de coopération économique en mer Noire (ZCEN) (1), pour poursuivre le processus de discussions entamé en mai dernier à Reykjavik (cf. n° 410).
Dressant le bilan de son entrevue avec son homologue turc, Vartan Oskanian a déclaré mardi 25 juin que la normalisation des relations arméno-turques n’est pas pour bientôt, en dépit de la légère détente constatée actuellement entre les deux pays. Il a souligné qu’il ne fallait pas entretenir d’«illusions» à propos d’une amélioration rapide des relations bilatérales, car il reste de «nombreux obstacles» à franchir sur la voie de la normalisation. «C’est un processus qui durera longtemps», a-t-il dit à l’issue de son troisième entretien de l’année avec le chef de la diplomatie turque.
Peu de détails ont filtré sur la rencontre entre les deux ministres des Affaires étrangères, d’autant que le point de presse initialement prévu a été annulé pour des raisons inconnues. Un officiel du ministère turc des Affaires étrangères a simplement révélé que l’entrevue avait duré environ quarante-cinq minutes, et que les deux hommes avaient essentiellement abordé la situation générale dans le Sud-Caucase, et notamment la question du Karabagh. L’officiel turc a ajouté que les deux parties n’ont pas discuté des moyens de normaliser les relations arméno-turques, M. Oskanian se contentant de présenter le point de vue d’Erévan sur cette question.
Selon l’AFP, un diplomate turc qui a requis l’anonymat a qualifié la discussion de «positive». «Les deux parties ont convenu de poursuivre leurs discussions à l’avenir», a-t-il indiqué.
De son côté, Vartan Oskanian a noté un «changement positif» de la position d’Ankara sur le Karabagh. La Turquie, selon lui, semble prête à suivre «une politique plus équilibrée» en direction de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. Si tel était le cas, a-t-il ajouté, Ankara jouerait «un rôle positif et constructif» dans la région.
En attendant qu’un déblocage intervienne du côté des politiques, les économistes, hommes d’affaires et universitaires continuent à explorer les pistes de coopération. Selon le Turkish Daily News (25-06), le Conseil de travail turco-arménien (CTTA), composé d’hommes d’affaires et d’universitaires de Turquie, d’Arménie, de Géorgie et d’Azerbaïdjan, s’est réuni à cet effet à Istanbul, juste avant le sommet de la ZCEN. Au terme des deux journées de travaux, le vice-président du CTTA, le Turc Noyan Soyak a indiqué à l’agence turque Anatolie qu’il s’agissait pour les représentants des quatre pays de faire le point de la situation et d’examiner les possibilités de coopération dans le Caucase. «Les frontières sont toujours fermées et il reste également quelques obstacles à la coopération», a déclaré M. Soyak.
Mais ces rencontres se poursuivront, a-t-il assuré, et des groupes de travail ont été constitués dans cette perspective. Le principal objectif de cette rencontre, a expliqué M. Soyak, était de réunir les hommes d’affaires et les universitaires des pays de la région. Et si leurs discussions se sont déroulées avant le sommet de la ZCEN, c’était pour permettre aux représentants turcs, arméniens, géorgiens et azerbaïdjanais de transmettre les résultats de cette rencontre aux membres de la délégation des quatre pays présents au sommet.
Cela bouge du côté des hommes d’affaires et des universitaires, mais aussi un peu dans la société civile. Mme Gonul Saray, parlementaire turque du Parti Démocratique, se trouvait lundi 24 juin à Erévan afin de nouer des contacts entre les femmes députés turques et les représentantes des organisations non-gouvernementales de femmes arméniennes. Selon Mme Saray, de nombreux parlementaires turcs pensent que la coopération économique arméno-turque serait profitable aux deux pays. Elle a assuré qu’elle ferait tout son possible pour que la prochaine rencontre similaire se déroule dans un climat pacifié, avec une frontière arméno-turque ouverte.
(1) Le sommet de la ZCEN d’Istanbul marquait le dixième anniversaire de l’organisation, créée à l’initiative de la Turquie pour renforcer la coopération régionale. Les onze pays membres de la ZCEN sont la Turquie, la Géorgie, la Roumanie, la Russie, la Grèce, l’Albanie, la Bulgarie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, l’Ukraine et la Moldavie. |